Connaître le sol : nutrition des plantes
FERTILISATION AZOTÉE : UN MARCHÉ REVENU À UNE CERTAINE NORMALITÉ
Après des mois de tension (disponibilité et prix), le marché s’est pour le moment régulé.
Les rôles de l’azote
L’azote joue un rôle déterminant à la fois sur le rendement et sur la qualité des productions. Les plantes s’alimentent dans le sol en azote minéral (azote ammoniacal NH4+ et azote nitrique ou nitrate NO3-) et le transforment en protéines, composantes essentielles de la vie pour l’homme et les animaux. Exception faite des plantes de la famille des légumineuses (soja, pois, haricot…) qui sont capables de fixer l’azote de l’air N2 par leur symbiose avec les bactéries du genre Rhizobium. Les cultures annuelles absorbent préférentiellement l’azote sous forme nitrate lorsque celui-ci est disponible. Elles le transfèrent aux feuilles où, grâce à des transformations chimiques, des acides aminés seront formés, essentiels à la production de chlorophylle.
Les fondamentaux de l’agronomie
- Raisonner les besoins azotés avec des reliquats sortie d’hiver
Il est bon de rappeler en premier lieu que la fertilisation azotée doit venir en complément de l’azote disponible dans le sol sous forme minérale. Ainsi, investissez dans les mesures de reliquats azotés sortie d’hiver afin d’effectuer le plan prévisionnel de fumure et d’apporter à la plante la juste dose d’azote. Cette méthode est essentielle en céréales à paille. En sortie d’hiver, mesurez les reliquats d’azote minéral dès que possible sur la totalité des horizons du sol de la parcelle. - Viser le stade cultural optimal
Lorsque le besoin journalier en azote est élevé, l’absorption d’azote par la culture est rapide. A l’inverse, en période de moindre besoin, l’azote apporté reste plus longtemps exposé aux pertes par volatilisation ou par organisation microbienne, ce qui réduit fortement l’efficacité de la fertilisation azotée.
Ainsi, en maïs, la période critique est située entre les stades« 8 feuilles » et « brunissement des soies ». Cette période devra être correctement pourvue en azote.


Courbe type d’absorption de l’azote pour un blé
Source : Centre de recherche d’Aspach
Pour les céréales à paille, les besoins journaliers les plus importants sont durant la montaison. Du stade « épi 1cm » à « dernière feuille étalée », le blé et l’orge devront être correctement pourvus pour viser l’optimum de production et de qualité.
En colza, le raisonnement est différent sachant que la dose d’azote est à raisonner selon une différence de biomasse entre l’entrée d’hiver et la sortie d’hiver. La réglette azote de Terres Inovia vous permettra d’adapter les besoins selon vos paramètres : http://www.regletteazotecolza.fr. Les besoins les plus importants du colza sont de « reprise de végétation » à « boutons floraux séparés ».
Fertilisation
• Intervenez lors des meilleures conditions météorologiques
Afin de bien valoriser chacune des unités d’azote, les conditions de réalisation des apports seront déterminantes. Il faudra veiller à ne pas positionner d’apport pendant une journée avec des températures élevées et avec du vent, ou avant une période sèche, qui conduirait à des pertes par volatilisation. Incorporer l’engrais par binage après épandage pourra aussi permettre de limiter l’effet de volatilisation ammoniacale.
En conclusion, les apports d’azote devront être adaptés aux besoins des cultures, fractionnés pour viser les stades appropriés, et optimisés lors des meilleures conditions climatiques.
Des engrais spécifiques adaptés aux besoins de la plante
Des engrais « classiques modifiés » permettent d’éviter une transformation trop rapide de l’azote, c’est-à-dire qu’ils freinent certaines étapes dans le cycle de l’azote afin d’optimiser l’absorption de l’azote par les plantes (le schéma ci-dessous présente ces différentes étapes). Cette technologie permet également de limiter des pertes dans l’environnement, soit par volatilisation ou encore par lessivage vers la nappe phréatique.

Pour exemple :
- ENTEC 15/13/13 : cet engrais permet de ralentir la nitrification avec pour conséquence une limitation du lessivage des nitrates.
- C-PRO 25D2 et C-PRO 13.24.0 ZIMACTIV : leur matrice d’enrobage est une poudre qui se gélifie au contact de l’humidité du sol. Elle permet ainsi de protéger les éléments minéraux qui se libèrent progressivement.
- ALZON 46 : il s’agit d’une urée solide avec inhibiteur de nitrification pour limiter les effets de lessivage.

Des OAD = Outils d’Aide à la Décision pour vous accompagner
L’utilisation d’un OAD sera recommandée pour ajuster la dose d’azote durant la saison en fonction des besoins réels de la plante. Nos différents services proposés sont présentés dans le chapitre «Services».
La fumure azotée dans la Directive Nitrates
La directive européenne 91/676/CEE dite « Directive Nitrates » vise à réduire la pollution des eaux par les nitrates de sources agricoles (engrais chimiques, effluents d’élevage…). En application de cette directive, des programmes d’actions ont été définis et rendus obligatoires sur les zones dites « vulnérables ». L’ensemble (ou presque) de la plaine d’Alsace a été classée en zone vulnérable (carte disponible sur le site de la DREAL Alsace). Un septième programme d’actions « nitrates » Grand Est est en vigueur depuis le 01/09/2024. Il est constitué entre autres :
- d’un programme d’action national qui contient huit mesures obligatoires dont le calcul de la dose prévisionnelle d’engrais azoté * ;
- de la méthode de calcul pour les différentes espèces végétales cultivées en Alsace, en fonction des types de sols alsaciens et du rendement prévisionnel. Elle fournira la dose du plan prévisionnel (disponible sur le site de la DRAAF).
* Les autres mesures étant : les dates d’épandage autorisées, le stockage des effluents, la tenue du plan de fumure et cahier d’épandage, la quantité maximale d’azote issue des effluents d’élevage épandus, les conditions particulières en fonction des pentes, la mise en place de CINE (CouvertVégétal d’Interculture Non Exporté), les couverts le long des cours d’eau.
Qui peut vous renseigner ?
- Consultez le site internet de la DRAAF : http://draaf.grand-est.agriculture.gouv.fr/
- Contactez votre Direction Départementale des Territoires :
- DDT du Bas-Rhin : 03 88 88 91 00
- DDT du Haut-Rhin : 03 89 24 81 37
- Contactez la Chambre d’Agriculture Régionale d’Alsace :
- Site Bas-Rhin : 03 88 19 17 17
- Site Haut-Rhin : 03 89 20 97 00
LES AMENDEMENTS
En plus de l’azote pour les cultures, d’autres éléments sont également nécessaires. De même, les sols ont besoin d’être amendés pour améliorer leurs qualités agricoles. Selon les pratiques, les types de sols, les cultures précédentes et à venir, les besoins en macro et oligo-éléments sont très variables. Une analyse de terre vous permettra de définir précisément les besoins de vos parcelles.
Les macro-éléments
Ils sont nécessaires en grande quantité par la plante afin d’assurer sa croissance et son développement.

Les apports de phosphore et de potasse seront à adapter aux exigences des cultures dans la rotation :

Les éléments nutritifs secondaires
Ceux-ci sont des éléments nutritifs secondaires car ils sont requis en quantités modérées et risquent moins de limiter la croissance des végétaux. Cependant, des carences en ces éléments peuvent parfois être préjudiciables pour le bon métabolisme des cultures.

Les différents types d’engrais
Après avoir déterminé les besoins de vos cultures, il vous faudra choisir parmi une multitude de solutions, celles qui vous conviennent le mieux.
Dans la pratique, on distingue 3 grands types de produits de fertilisation :
- Les produits simples :
Les engrais dits « simples » ne comportent qu’un seul élément majeur, comme le supertriple ou le chlorure. Ils sont intéressants pour compléter une formule déjà existante lors d’un bulk. - Les produits binaires :
Les binaires sont composés de deux éléments, comme le 0/24/24 ou le 0/26/26. Ce type de formulation est recherché lorsqu’un élément est déjà excédentaire dans le sol. - Les produits ternaires :
Ils permettent de combiner N, P et K mais aussi S et Mg selon la formule et l’équilibre recherché.
Le chaulage
Comme le montre le schéma ci-contre, les mécanismes à l’origine de l’acidification sont très variés.
Ce phénomène est d’autant plus fort que :
- Les précipitations sont supérieures à l’évapotranspiration (lessivage de nitrate, sulfate) ;
- La forme des engrais est acidifiante (forme ammoniacale ou uréique) ;
- Les systèmes de culture exportent beaucoup d’alcalinité (exportation des résidus de culture);
- Les légumineuses sont fréquentes dans la rotation.

Amendement
Le chaulage joue à la fois sur les composantes physiques, chimiques et biologiques du sol et contribue au maintien de la fertilité globale du milieu.
Fertilité physique :
Les amendements minéraux basiques apportent de la stabilité structurale au sol grâce notamment aux apports de calcium qui favorisent la floculation et la formation d’agrégats. En résulte également une diminution de la battance, donc une amélioration de la phase de germination-levée des semences. Le maintien de la porosité favorise l’exploration du système racinaire et améliore ainsi la nutrition en eau et en éléments minéraux.
Fertilité chimique :
L’acidité du sol intervient surtout sur la disponibilité des éléments nutritifs du sol. Lorsque le pH se situe entre 5.5 et 7, l’assimilabilité de la plupart des métaux ainsi que celle du phosphore, du potassium et du magnésium, est optimale.
Fertilité biologique :
Le chaulage, par le rehaussement du pH, permet d’augmenter l’activité de la biomasse microbienne (notamment vers de terre et bactéries). Il améliore aussi la minéralisation de l’azote organique, en particulier la nitrification, et favorise la fixation symbiotique.
LEXIQUE DES TERMES AGRONOMIQUES ESSENTIELS POUR COMPRENDRE LES ANALYSES
DE SOL
Afin de mieux comprendre vos analyses de sol, voici les principaux termes agronomiques employés :
- Matière Organique (MO)
La matière organique du sol est la fraction comprenant les constituants issus, pour l’essentiel, de la transformation des résidus végétaux du sol, des résidus animaux et des corps microbiens. Elle ne représente que 2 à 5 % de le fraction solide de la terre fine.
- Humus
L’humus désigne la fraction stabilisée des matières organiques mortes dans le sol. Il est de couleur noir, grumeleux et humide. En s’associant à des fines particules d’argile et de limons, il joue un rôle de cohésion pour créer des « mottes », permet une très grande capacité de rétention de l’eau et absorbe des cations.
- Complexe Argilo Humique (CAH)
Le CAH, aussi appelé « Complexe Absorbant », est l’ensemble des forces qui retiennent les cations
échangeables (Ca2+, Mg2+, Na…) sur la surface des constituants minéraux et organiques des sols. Ces cations peuvent s’échanger avec la solution du sol et des plantes. Ils constituent le réservoir
de la fertilité chimique du sol. C’est ce qu’on appelle la Capacité d’Echange Cationique.
- Capacite d’Echange Cationique (CEC)
Elle permet d’apprécier les possibilités d’échange de ces cations entre le sol et la plante via la solution du sol et dépend de la quantité d’argile et d’humus présente dans le sol ainsi que de leur qualité respective. Ainsi, la CEC permet de savoir s’il y a un bon échange entre le sol et la plante : plus elle est basse et plus les échanges sont facilités. C’est ainsi un indicateur de la taille du « garde-manger » du sol !
- Le rapport C/N
Le rapport carbone-azote (C/N) indique la proportion de carbone organique par rapport à l’azote total. C’est un indicateur qui permet de juger du degré d’évolution de la MO, c’est-à-dire de son aptitude à se décomposer plus ou moins rapidement dans le sol.
Plus le rapport C/N est élevé (supérieur à 12), plus l’activité biologique est réduite et la minéralisation rencontre des difficultés (acidité excessive, sol insuffisamment oxygéné…) Si le C/N est inférieur à 10, le sol est classiquement présenté comme « travaillant beaucoup ». Toute action qui va favoriser le stockage du carbone (cultures à fortes restitutions comme le maïs grain, mise en prairie permanente, apport de composts stables type « déchets verts » riches en carbone, baisse de la fréquence des passages d’outils…) va impacter favorablement ce niveau de stockage du C et de l’N.