Vagues de chaleur, stress hydrique sur presque tout le cycle, Rhin historiquement bas : la campagne maïs 2026 est contrastée en Alsace. André Streicher, responsable collecte chez Armbruster, fait le point sur les rendements, la commercialisation et les risques qui pèsent sur les prix et sur la filière.
26 Octobre 2026 – Paru sur Négoce Expansion
Comment la campagne maïs 2026 s’est-elle passée en Alsace ?
Nous avons connu plusieurs vagues de chaleur et surtout un stress hydrique pendant pratiquement tout le cycle. En Alsace, nous avons l’avantage de disposer d’une bonne partie de nos surfaces en irrigation, ce qui a permis à ces parcelles de donner un potentiel intéressant, à condition que l’irrigation ait pu être menée correctement. Pour ceux qui ont bien irrigué, les résultats sont très satisfaisants. Sans irrigation, ils sont catastrophiques : de mémoire, je n’ai jamais vu d’aussi faibles rendements en conditions non irriguées. Nous parlons de 20 quintaux par hectare, parfois 16 ou 17, voire presque rien dans certains cas.
De mémoire, je n’ai jamais vu d’aussi faibles rendements en conditions non irriguées
La moyenne des volumes collectés est en baisse, parce que nous perdons aussi des surfaces au profit de l’ensilage et de la méthanisation. Nous devrions perdre entre 25 et 30 % de récolte par rapport à l’an dernier. Le maïs représente 70 à 80 % de notre collecte, et il en sera de même cette année. Globalement, la qualité est bonne.
Avec une récolte réduite, qu’est-ce qui change dans votre commercialisation ?
Nous allons favoriser nos filières habituelles et nos clients partenaires. Les clients plus opportunistes auront plus de mal à s’approvisionner chez nous. Nous profitons de la voie fluviale du Rhin, avec une zone qui couvre la Suisse, la France et l’Alsace, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique. Dans les années où la disponibilité est contrainte, la marchandise trouve surtout un débouché en amidonnerie. Le reste va principalement à l’alimentation animale, notamment aux Pays-Bas et en Belgique, qui peuvent s’approvisionner de plusieurs origines.
Quand nous avons de la marchandise, le prix s’adapte à l’utilisation de ces fabricants, mais ils peuvent aussi ajuster leur prix avec l’importation européenne, voire ukrainienne, brésilienne ou américaine.
Par ailleurs, nous connaissons les problèmes de navigation et de logistique. Les niveaux du Rhin sont historiquement bas, et ce problème dure à peu près depuis mai-juin. Il s’est accentué durant l’été et reste d’actualité aujourd’hui. D’un côté, la disponibilité est difficile, la logistique compliquée et les prix augmentent parce que l’offre n’est pas suffisante. De l’autre, nos clients ont toujours besoin de continuer à travailler : ils vont forcément s’orienter vers des origines différentes, ouvrir des portes ailleurs, vers l’importation ou d’autres produits, ou travailler différemment. Et une fois ces portes ouvertes, elles restent ouvertes, même si le marché redevient favorable les années suivantes. Rompre une année l’approvisionnement oblige nos acheteurs à aller voir ailleurs, et s’ils s’y trouvent bien, revenir en arrière n’est pas toujours évident. Nous avons vécu une situation comparable en 2018. La période de basses eaux avait duré plusieurs mois, un peu comme cette année. Il a fallu de nombreux mois, voire de nombreuses années, pour que nos clients, notamment néerlandais, reviennent avec confiance sur le marché du Rhin. Il a fallu leur redonner confiance. Et cette année, pour d’autres raisons, ils auront de nouveau le sentiment que, sur le plan de l’exécution, ce marché peut être relativement dangereux.

André Streicher, responsable collecte chez Armbruster
Rompre une année l’approvisionnement oblige nos acheteurs à aller voir ailleurs
Comment voyez-vous évoluer les prix ?
La gestion des prix va être très risquée. Le contexte français et ouest-européen est très difficile alors que le contexte mondial est complètement l’opposé : la production y est abondante. L’Europe aura de toute façon besoin d’importer et le marché devrait donc être tenu. La hausse sera cependant limitée par les conditions et possibilités d’importation. Le point de bascule concerne les négociations sur le conflit ukrainien. Elles peuvent libérer de la marchandise de la mer Noire, principalement ukrainienne, qui viendrait alimenter largement le besoin européen. Cette pression sur les prix peut surgir à tout moment. Dans l’autre sens, une hausse reste possible si de mauvaises nouvelles arrivent sur les productions de l’hémisphère sud, notamment le Brésil et l’Argentine dans les prochaines semaines. La clé reste pour moi le conflit russo-ukrainien, qui peut, en cas d’apaisement, favoriser l’importation de maïs non OGM et alimenter plus facilement les besoins européens. Un autre facteur est l’acceptation ou non de maïs OGM. La prime non OGM, cette année, va-t-elle être acceptable pour la filière qui doit rester économiquement compétitive ?
Des prix élevés seraient-ils une bonne nouvelle ?
On pourrait penser que les prix qui progressent permettent à l’agriculture de compenser, mais dans beaucoup de cas cela ne suffira pas à compenser les pertes de production. Pour la filière dans son ensemble, ce n’est pas forcément une bonne chose dans un contexte économique déjà morose.
L’industrie va devoir rester compétitive face aux marchandises d’importation, américaines ou chinoises.
Avec des coûts énergétiques et une matière première qui augmentent trop fortement, l’industrie va devoir rester compétitive face aux marchandises d’importation, américaines ou chinoises. C’est pareil pour la viande, moins chère à produire au Brésil ou ailleurs. Une année avec un très bon prix ne vaut rien si c’est pour détruire ensuite des outils industriels et la demande européenne.
Quelles conséquences pour votre engagement dans la filière ?
Nous restons dans une région favorable au maïs. Il y a eu des accidents cette année, comme il y en a toutes les années, et la question est de savoir si les années vont désormais ressembler à celle-ci. Mais nous avons toujours, pour l’instant, une irrigation possible, grâce à la nappe rhénane. Dans les zones non irriguées, nous avons souvent des terres profondes, avec généralement des orages estivaux qui assurent normalement une alimentation en eau correcte, même sans irrigation.
La production doit se poursuivre pour que la filière puisse toujours être alimentée avec du maïs de qualité.
Aujourd’hui, aucun élément actuel ne nous dit que nous ne pourrons plus produire en Alsace. La production doit se poursuivre pour que la filière puisse toujours être alimentée avec du maïs de qualité.
Cherchez-vous de nouveaux débouchés, de nouveaux usages, de nouvelles destinations ?
Nous sommes toujours à l’écoute d’opportunités de valorisation pour pouvoir en faire profiter le monde agricole. On parle de plus en plus de décarbonation, de facteurs d’émission, d’agriculture régénératrice et nous sommes à l’écoute de toutes ces évolutions de marché. La demande sur notre bassin de production reste présente pour des maïs de qualité et nous continuerons à chercher à répondre aux besoins de nos clients industriels.